Pourquoi c’est important: ne pas sous-estimer la fermeture de Ménage à Deux
Ce n’est pas qu’une nouvelle faillite parmi les autres, conséquence de cette crise dont les conséquences tendent à se banaliser tant on a du mal à en décompter les victimes économiques.
Cette fois, c’est Vanessa Vukicevic et Ran Yaniv, créateurs bruxellois engagés et impliqués dans la survie d’un créartisanat de qualité, qui doivent se résoudre à cesser leurs activités. Avant eux et depuis quelques saisons, c’est le duo Sandrina Fasoli et Michael Marson, le modiste Christophe Coppens, Véronique Branquinho avant d’être reprise par un groupe italien, et d’autres enseignes, parfois de plus grande envergure commerciale, moins « puristes » mais tout aussi sincères dans leur volonté de perpétuer une mode belge, qui ont jeté leur éponge surpiquée de fil noir : Luc.Duchene, Olivier Strelli, Mais il est où le soleil (également repris depuis)… Sans parler de ceux qui nous confient, accrochés à leur dernière collection, que ce sera peut-être la dernière.
Ces créateurs qui sont indépendants - l’une des grandes caractéristiques des maisons belges - produisent majoritairement en Belgique ou un peu plus loin en Europe, sortent de la Cambre ou non, ils travaillent jour et nuit, rament avec l’aide de leur famille et de leurs amis, ils signent une mode reconnaissable, impeccable, pointue, parfois même avant-gardiste dans la conscience qu’elle doit rester « portable » (concept subjectif s’il en est). Ils sélectionnent des matériaux de qualité, assurent le suivi de la fabrication, et parce que leurs marges se réduisent comme un ourlet qui s’effiloche, ils assurent parfois eux-mêmes leurs relations presse. Ce qui est quasi un boulot à plein temps, pour ces créatifs dont ce n’est pas le métier. Eux, ils savent dessiner, couper, tailler, ajuster, inventer, exalter, magnifier, pousser, tirer, créer, embellir… mais ils peinent de plus en plus à s’en sortir.
Nous ne sommes pas économistes, et mêmes ceux-là ce savent plus que dire, mais nous sommes ce que nous consommons. A chaque fois que nous posons notre Bancontact sur un comptoir, nous soutenons un certain type de production au détriment d’un autre. Nous avons le choix, lorsque nous nous offrons un vêtement, d’acheter un n’importe quoi pas bien coûteux et de qualité approximative, qu’on aura oublié à la fin de la saison. Nous pouvons aussi décider de ne prendre qu’une pièce ou deux, au lieu de dix sur le printemps, mais une belle. Une qui nous donnera plus d’allure, une qui sera plus juste. Sur nous, et pour ceux qui l’auront portée à bout de bras avant qu’on ne l’enfile sur les nôtres. Fil après fil, faisons notre part. Ca ne changera peut-être pas la face du monde, mais ça changera celle de notre dressing et si chacun s’y met, le futur de la création belge.
Elisabeth Clauss












