Vacances en famille: réussir son été recomposé
Quatre, cinq, six, sept enfants, les siens, les miens, les nôtres... Les vacances en famille "mixte" ça demande parfois un peu d'inspiration.
Pas besoin de re-re-re-regarder "Cendrillon" pour se le rappeler, la belle-mère est un être abject. Elle a un triple menton, un poireau sur le nez avec des poils très piquants et un regard glaçant. Elle est tellement odieuse qu'elle se coalise avec ses semblables. Ca donne le "Club des marâtres" récemment crée à la Women's Clinic, à Bruxelles, sur le modèle de son équivalent parisien. "On a choisi ce nom à dessein" explique en souriant Maryline Goffioul, une des deux psychologues à l'origine du projet. "Parce que "belle-mère" induit la confusion avec la mère du conjoint et que les secondes épouses se coltinent souvent une image négative. Alors autant en jouer avec humour pour décrisper tout ça et utiliser le terme originel: la marâtre, c"est étymologiquement la nouvelle femme du père". Une fois par mois, les marâtres se réunissent pour exprimer leur ressenti et, pour en avoir croisé quelques-unes, ces femmes tellement détestables ne ressemblent pas à la description qu'en font les contes. Elles ne se promènent pas avec une pomme dans la main, elles sont mignonnes, je dirais même qu'elles ont l'air gentilles, venant chacune avec des soucis très concrets et une grande envie d'y trouver des solutions. A la veille des vacances, certaines redoutent ce "grand moment de convivialité". Alice, par exemple. Architecte, elle a 35 ans et trois enfants. Des garçons. Pierre, son nouvel homme, a 37 ans et deux enfants. Des garçons aussi. Cette année, pour la première fois, ils passeront les vacances ensemble. Deux semaines en vase clos à la dune du Pyla. C'est bien, le Pyla... Mais si des disputes éclatent entre les deux fratries? Une pelle oubliée à la plage, un iPod enfoui sous le sable, c'est très vite arrivé... Et si son Félix, qui a le mordant actuellement, s'en prend au petit Maxime, est-ce que son père montrera les crocs? Et si Alice en a marre de ramasser les caleçons de cinq - voire six - garçons? Et si les vacances n'étaient pas des vacances?
Autour de la table, les fronts se plissent. Chacune y va de sa proposition, de son vécu. Intelligentes, pragmatiques, généreuses, les femmes se livrent. Des pistes se dessinent. Voici la méthode des marâtres pour des vacances réussies. "Une méthode pas du tout infaillible", précisent-elles.
1 On se dit que "rien n'est acquis"
On remplace un rouleau de papier toilette quand on le vide. On rince le lavabo quand on s'est brossé les dents, on rapproche son assiette du lave-vaisselle à la fin du repas... Basique? Pas forcément pour tout le monde. Ce qui paraît évident pour certains l'est rarement pour les autres. En particulier, "ses" enfants.
2 On choisit son vocabulaire
"Tes enfants n'ont pas été éduqués comme les miens." Sous-entendu, "ce sont des pourceaux et je refuse qu'ils déteignent sur le fruit de mes entrailles". Une vieille chaussette calée entre deux coussins et hop, on balance les grands mots. "C'est une erreur de parler d'éducation", affirme Diane Matters, l‚autre psy du Club des marâtres. "Je préfère la notion de "culture familiale". Dans certaines familles, on accepte que les enfants interrompent leurs parents à table, dans d'autres pas. C'est culturel." Le terme est plus soft. Donc, mieux.
3 On définit les besoins de chacun
C'est l'étape clé des vacances: on détermine ce que chacun en attend, de manière informelle, entre la soupe et les patates, ou par une boîte à désirs qu'on laisse traîner pendant quelques jours sur la table. "C'est le moment de donner la parole aux enfants, explique Maryline Goffioul. On entend que l'ado n'a pas envie dormir dans la même chambre ni à la même heure que son demi-frère de 4 ans. Et que la petite de 8 ans a TRES envie de retrouver son papa qu'elle ne fait que croiser pendant l'année"
4 On établit des règles
Quand tous les avis ont été formulés, les parents les digèrent. Gloups! C'est parfois lourd, mais la synthèse et les règles qui en découlent sont indispensables. "Pour limiter les problèmes, on peut les classifier: le code bleu, c'est ce qu'on doit respecter chez papa et qu'on conserve en vacances, genre se brosser les dents matin et soir; le code vert, ce sont les règles propres à "l'autre famille" et puis le code rouge, ce sont les règles de vie commune. En vacances, par exemple, on ne fait pas de doigt d'honneur..."
5 On affiche le menu
Il y a peu de chance que le petit mas d'Eygalières se transforme en camp militaire, mais on se dit quand même que ce règlement, c'est pas de la rigolade. Pour que ça marche, il faut qu'il soit présenté explicitement, que tout le monde ait marqué son accord. Son VRAI accord. Enfin, pour lui donner un sens, on établit aussi une sanction commune pour les sorties de route... en insistant bien sur le fait quéelle sera appliquée "à l'unisson par le couple conjugal".
6 On prend sa place
Les vacances, ce sont aussi celles de la mère ou de la belle-mère. Ca vaut la peine d'être acté, et clamé haut et fort. Et on est peut-être à Saint-Tropez, mais la belle-mère, c'est tout sauf le gendarme. Ca, c'est à rappeler au père qui a tendance à déléguer cette tâche ingrate. "Le respect des règles, c'est la grosse brèche dans laquelle s'engouffrent souvent les enfants, confirme Diane Matters. On arrive très vite à une situation où la marâtre doit rappeler les règles à son "bel-enfant" parce que le père, qui culpabilise de la séparation, ne l'a pas fait. C'est comme ça qu'elle se chope le chapeau pointu et les poils sur le poireau."
7 On joue avec l'effet miroir
Quand ça coince, une très bonne façon de montrer l'exemple, c'est de montrer le mauvais exemple! Ils étalent les coudes à table et vous arrosent de ketchup? Imitez-les, très sérieusement. Ils se déshabillent devant votre chambre? Tapez vos t-shirts et le reste sur leur lit. Efficace sans être trop violente, la technique marche et elle a le mérite de jouer sur l'humour, toujours bienvenu dans le contexte "recomposé".
8 On y va piano
Tous les enfants n'ont pas rêvé de partir en vacances avec leur belle-mère. Il y en a même qui auraient préféré qu'elle reste dans son appart à Bruxelles. Même si ça part d'une bonne intention, on évite de s'imposer. On laisse les choses se mettre en place et on attend un peu pour "la grande balade-confidences au bord de l'eau" sous peine de se prendre un gros râteau de la jeune fille pas du tout en fleurs. Au besoin, préciser les choses: "Je ne suis pas ta seconde maman. Je suis là pour toi mais aussi pour ton papa."
9 On prévoit des vacances... après
Imaginer qu'on aura de l'intimité en partant à dix dans un appart' aux Arcs, c'est juste une utopie. On peut rêver mais la meilleure façon de faire le plein, c'est encore de se booker quatre jours à deux sur une île, au retour.
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